Nous
sommes entrés dans la campagne de second tour.
Pour la première fois dans la Vème République un Président sortant, candidat
à sa propre succession, vient de recevoir un cinglant désaveu démocratique en
n’arrivant pas en tête du 1er tour des Présidentielles.
Bien sûr je me réjouis que François Hollande, que je soutiens depuis les
primaires, avec détermination et conviction parce que son programme me semble
juste, arrive en tête de ce 1er tour.
Mais tout de même, cette victoire me laisse un goût amer…
Le score élevé de la candidate du Front National, ce dimanche 22 avril, avec
6400000 voix, soit près d’1 million de voix supplémentaires à la somme des voix
obtenues au premier tour de 2002, ce fameux 21 avril, par Jean-Marie Le Pen
(4804713 voix) et Bruno Mégret (673026 voix), même si il y a 6 millions de
votants supplémentaires, m’empêche définitivement de me réjouir.
Pire que tout, je n’arrive pas à me résoudre au fait que la candidate du FN
soit arrivée en tête du vote des ouvriers et même, réalise 19% des voix chez
les 18-24 ans.
Evidemment, certains m’objecteront qu’il ne s’agit que de sondages et il est
à la mode, ces temps-ci, de fustiger les sondeurs, les analystes et les
observateurs, c’est même devenu le sport N°1 de Sarkozy, qui tente de se
victimiser et d’apparaître comme le pauvre Caliméro médiatique face aux
méchants observateurs et journalistes.
Ce petit jeu de rôle de Nicolas Sarkozy ne dupe personne. Rappelons tout de
même que c’est lui qui a choisi durant 5 ans les journalistes qui auraient
l’insigne honneur de l’interviewer, sans parler des nominations des patrons des
chaines publiques…
Bientôt il parviendra à nous faire croire que Le Figaro, propriété de son
ami Dassault, dirigé par Mougeotte est un filiale de ROUGE et que Jean-Pierre
Pernaut est un ami personnel de Philippe Poutou…
Non ! Cette fois, les sondages ne ce sont que très peu trompés. Les derniers
sondages (ceux qui prennent donc en compte le maximum de votes déterminés)
donnaient tous dans l’ordre l’arrivée des candidats.
Quant à leurs scores, la comparaison de la moyenne des derniers sondages et
les scores réels obtenus ce 22 avril, permet de tirer quelques
enseignements.
Les écarts sont, en réalité, assez faibles entre les sondages de la dernière
semaine et les votes. Par ailleurs tous les sondages de la dernière semaine
annonçaient l’ordre des candidats sorti des urnes.
La comparaison fine entre sondages et votes laisse apparaître clairement que
seuls 3 candidats étaient mieux lotis dans les sondages que dans les urnes.
Jean-Luc Mélenchon (2,9 points d’écart), François Bayrou (0,87 points d’écart),
et Nicolas Dupont-Aignan (0,21 points d’écart).
Comment se sont répartis ces 3,98 points manquants dans les scores de ces 3
candidats ?
Il y a fort à parier qu’il y a eu une petit effet « vote utile » dans
l’isoloir et qu’ainsi Nicolas Sarkozy (qui réalise 1,18 points de plus que dans
les sondages) a récupéré les voix qui ne se sont pas portées sur Bayrou et
Dupont-Aignan.
Quant aux 2,9 points perdus de Mélenchon, seuls 0,63 sont allé vers un «
vote utile » Hollande. Et les 2,3 autres points se sont répartis sur Marine Le
Pen (+1,9), Poutou et Joly. Les déterminations de dernière minute sont donc
plutôt vers le FN, à moins que lors des sondages une part (faible) de
l’électorat FN hésitait encore à avouer leur vote.
Nous voyons donc ici, que contrairement à ce que prétend Nicolas Sarkozy,
les « sondeurs » et les « observateurs » ne se sont pas trompés.
Je regrette, pour ma part, que Jean-Luc Mélenchon, qui a porté le fer avec
courage et détermination n’ait pas devancé Marine Le Pen. Mais il a ouvert une
voie, celle de l’opposition frontale au FN et de la reconquête, qui doit être
une exigence pour toute la gauche, de l’électorat populaire et ouvrier malgré
les railleries de certains bien-pensants, par la force de la pédagogie et par
les actes de justice sociale.
Doit-on en conclure que ce sont les électeurs qui se sont trompés ?
Evidemment non !
Le peuple ne se trompe pas dans une démocratie. Mais il peut être trompé
!
Trompé par des faux discours, des postures, des promesses non tenues…
Trompé par l’attitude d’un Président indigne qui a davantage divisé que
rassemblé ces 5 dernières années…
Trompé par toutes ces compromissions, allant du Ministère de l’immigration
et de l’identité nationale, à la condamnation du Ministre de l’intérieur, en
passant par les entorses répétées à la laïcité, ouvrant ainsi des brèches vers
les pires errements communautaristes…
Trompé par cette politique économique qui protège les très riches et
sacrifient les plus démunis sur l’autel du pole emploi…
Ce n’est pas le peuple qui s’est trompé, c’est Nicolas Sarkozy qui a
sacrifié l’unité de la Nation, pour son petit intérêt personnel.
Que restera-t-il du mandat de ce triste président ? Cette nuit au Fouquet’s,
le million de chômeurs supplémentaire, son coûteux avion, son refus de voir
respecté le vote des français sur l’Europe, son "casse-toi pov’con" ?…
Tout cela sûrement… mais avec en plus cette terrible phrase d’hier à
Longjumeau, où pour la première fois un Président de la République a osé
signifié que l’extrême droite était compatible avec la République !
La honte n’est pas sur les électeurs du Front National et surtout les 19%
des jeunes qui, par ignorance, ou aveuglement, ont accordé leur voix à ce
discours d’exclusion maquillé sous les nouveaux atours de ce parti.
La honte est définitivement sur Nicolas Sarkozy et ceux qui l’ont applaudi à
Longjumeau, ici, en Essonne, lorsqu’il a adoubé, devant Nathalie
Kosciusko-Morizet, silencieuse, Marine Le Pen, la qualifiant de compatible avec
les valeurs de la République.
Lorsque cette digue-là est rompue par le Président, lui même garant de notre
constitution et de ces valeurs, alors, il n’est plus le Président !
Il n’est que le trop petit chef d’un parti essoufflé, créé pour sa seule
ascension et voué à disparaître avec lui le 6 mai !
Que la vague républicaine l’emporte, lui et ses soutiens !
Dimanche 6 mai, je voterai François Hollande, avec conviction et
détermination.
D’abord parce que son programme est celui dont nous avons besoin pour
redonner à notre pays le sens de l’égalité et de la justice sociale.
Mais aussi parce que le vote massif pour François Hollande mettra enfin un
terme à cette terrible parenthèse Sarkozyste dans laquelle les valeurs
fondamentales de notre pays se sont délitées et que nous devons vite
refermer.