11/11/2009

Pour la réhabilitation des poilus fusillés pour l'exemple !

Il y a 91 ans aujourd’hui, à 5h du matin, à Rethondes dans la forêt de Compiègne dans l’Oise était signé l’armistice de la première guerre mondiale, mettant fin à quatre années de la guerre la plus terrible que notre continent n’avait jamais connu.

Cette guerre, il faut le rappeler, et notre monument aux morts en est la triste illustration, fut atrocement meurtrière.

Près de 9 millions de morts et 8 millions de blessés.

Presque 6000 morts par jour de combat !

6000 morts par jour !

L’énormité du chiffre est impensable !

Ce bilan humain si lourd provient de la conjugaison de la technologie nouvelles des armements et de stratégies d’Etat-major datant du siècle précédant.

J’ai déjà évoqué ici de nombreux aspects de cette guerre, la technologie, le rôle primordial des femmes à l’arrière dans les économies nationales, la si longue bataille de Verdun, les fusillés de 1917, le rôle majeur des troupes d’outre-mer et notamment d’afrique, la vie terrifiante des poilus confrontés à l’absence totale d’espoir dans le fond de leurs tranchées…

J’ai également parlé des terribles batailles dont le seul objet au péril de milliers de morts étaient de reprendre une position sur une carte d’Etat-major.

Ainsi la bataille de Passendale en Belgique qui fit 600 000 morts en 3 mois, d’août à novembre 1917.

600 000 morts, essentiellement britanniques et allemands mais aussi français et canadiens la plupart noyés dans la boue ou asphyxiés par le terrible gaz moutarde.

Par delà cet exemple effrayant de cette guerre, c’est l’incroyable capacité des hommes à inventer encore et toujours des nouveaux conflits et de nouvelles armes pour les illustrer que je veux souligner.

Voyez-vous, les deux guerres mondiales que notre pays a subi lourdement proviennent des mêmes causes : l’instabilité des frontières et l’hyper-nationalisme des pouvoirs en place.

Ces deux conflits sont pourtant fondamentalement différents.

Auschwitz et Hiroshima déterminent la seconde guerre mondiale dans une nouvelle dimension car ces deux événements érigent des atrocités en système.

La première guerre mondiale est une terrible et atroce boucherie dont l’inutilité sera criante à chaque bataille.

La seconde guerre mondiale est pire que cela car elle porte des exactions qui font reculer les limites de l’humanité elle-même. Le fond de l’homme.

Ces deux conflits sont différents, mais ils sont aussi étroitement liés et je me réjouis que le Président de la République française et la chancelière allemande aient décidé ensemble de faire de cette date du 11 novembre 2009 un symbole de l’amitié entre nos peuples.

Je ne peux que m’en réjouir, car tout acte de cette nature combat les esprits de revanche et les nationalismes exacerbés.

D’ailleurs ici-même, il y a quelques années avec mon collègue Maire de Waldsassen et puis l’année d’après lorsque je me suis rendu le 9 novembre à Waldsassen, nous avons célébré cette amitié franco-allemande à cette date précise qui symbolise la fin des combats de 14-18, actant bien que notre devoir collectif de mémoire était le meilleur ciment de la paix européenne.

Je me réjouis que cette initiative que d’aucuns avaient trouvé audacieuse à Marcoussis soit aujourd’hui nationale et que le Président de la République et la chancelière allemande soient ensemble sous l’Arc de Triomphe à Paris pour rappeler l’impérieuse nécessité de la paix entre nos deux pays.

Aussi donc en cette journée nouvelle, il me semble qu’il est de notre devoir à tous de nous souvenir pour mieux comprendre et de mieux comprendre pour construire un meilleur avenir à notre planète.

Car cette commémoration comme je le dis souvent n’a de sens que si elle est tournée vers les générations futures;

N’a de sens que si les noms de nos morts égrenés solennellement, l'un après l’autre, ici, raisonnent dans la tête de nos enfants comme autant de raisons de détester la guerre;

N’a de sens que si elle nourrit notre réflexion.

Ainsi donc, alors que les derniers poilus sont éteints et que cette journée d’anniversaire de l’armistice se transforme en fête de l’amitié Franco-allemande, je me dois de vous dire que cette fête ne peut pas exister si certaines plaies ne sont pas refermées.

Or il en est une dernière, que je veux livrer à votre réflexion : celle de la nécessaire réhabilitation des fusillés pour l’exemple de 1917.

Ces exécutions brutales entachent aujourd’hui encore l’honneur de notre pays.

Il n’est pas de meilleur avocat de cette cause presque centenaire que les poilus eux-mêmes et je veux pour conclure vous lire la lettre d’un de ces fusillés pour l’exemple.

 

"Le 30 mai 1917

Léonie chérie,

J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment…

Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants.

Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres.

Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ?

Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames.

Ce fut un échec, un désastre !

Partout des morts !

Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus,

la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens.

Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi.

Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence,.

La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger.

J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront.

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution.

Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger.

C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi.

Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur.

 Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.

 Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition.

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.

Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle.

Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner.

Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

 Eugène ton mari qui t’aime tant"

Commentaires

  1. merci M. Thomas ! il est temps que l'Etat reconnaisse et réhabilite les fusillés pour l'exemple. merci de votre participation, en espérant que d'autres politiques, nombreux, en fassent autant.

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Le blog d'Olivier Thomas

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maire de marcoussis, conseiller régional d'île de france

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